Benjamin Degreve, “Il n’y a pas de hasard”

Benjamin Degève, Voltaire Tour, Eux, Livre 1

Fin décembre 2016, Benjamin Degrève était tout heureux de voir son livre sortir des presses de l’imprimerie Escourbiac à Graulhet. C’était la concrétisation de plus de deux ans d’une quête insolite à travers la France, armé de son appareil photo et de son inséparable fauteuil Voltaire. “Voltaire Tour, eux, Livre 1”, est un beau livre photo avec des portraits de gens, une série de rencontres sincères et émouvantes, et l’histoire d’une parole donnée et tenue à Jocelyne, sa mère.

Pour financer ce livre, Benjamin a utilisé le Crowdfunding avec la plateforme MyMajorCompany. Et pas qu’une fois, deux ! Après un premier (semi) échec, Benjamin a persévéré, et sa pugnacité lui a permis d’aller jusqu’au bout de son histoire.

Il a de suite accepté de nous parler de son aventure du Voltaire Tour, et nous avons pris beaucoup de plaisir à échanger avec cet homme passionné, au débit rapide et chaleureux.

Interview téléphonique de Benjamin Degrève, le jeudi 2 février 2017.


Netalinea : bonjour Benjamin, peux-tu commencer par nous raconter l’histoire du livre, parce que je crois que l’on peut vraiment parler d’histoire ?

Benjamin Degrève : oui, on peut vraiment parler d’histoire. Histoire Humaine, de rire, de maladie et de parole tenue. Elle a démarré en septembre 2014, en discutant avec ma mère qui était malade. Et aussi avec ce fauteuil Voltaire que j’avais repéré à Concarneau. Une première fois, on n’a pas voulu me le vendre. Et la deuxième fois, son propriétaire, la chanteuse Laurie Guillou, m’a répondu que je pouvais partir avec. Je lui ai dit que j’en ferai quelque chose de bien !
Un peu après, je réalisais ma première photo de Jocelyne, ma mère sur le fauteuil, sur une route du Morvan.


Je me permets de vous expliquer le pourquoi du nom, Voltaire Tour. C’est venu d’une conversation avec elle :
– Cela te dirait que l’on aille faire un tour ? Cela te ferait du bien de sortir un peu.
– Ok ! Mais un tour avec ton Voltaire ?
– Tu veux dire un Voltaire Tour ?
– Oui je veux dire un Voltaire Tour.
Voilà, la raison véritable du nom de cette aventure, que je vois inscrite dans chacun de mes mouvements.

(Extrait du livre : Jocelyne, page 99)


Netalinea : photographe, c’est ton métier ?

Benjamin Degrève : je ne sais plus si je suis un photographe amateur ou un photographe confirmé. Je fais des photos depuis longtemps, C’est en moi.

Netalinea : et donc, cette aventure du Voltaire Tour, elle a duré combien de temps ?

Benjamin Degrève : jusqu’à l’impression du livre fin 2016. J’ai lancé un premier crowdfunding chez MyMajorCompany fin 2015, qui a échoué, à quelques secondes puis un deuxième en suivant début 2016. Mais il y aura peut-être un portrait en plus, je ne sais pas.

Netalinea : tu as donc passé toute l’année 2015 sur les portraits ?

Benjamin Degrève : à partir de début 2015 en fait. J’ai travaillé avec des carnets manuscrits que j’avais repeints, sur lesquels je notais tout. J’ai dû courir après les portraits, les gens, les diffuseurs, etc. Avec ma mère, on avait une expression, je disais 18 et 4, et elle répondait : 22 ! C’est l’équivalent de ce mot d’enfant « Chiche ! On y va ! »

Netalinea : comment t’es venu l’idée du crowdfunding ? Et de MyMajorCompany ?

Benjamin Degrève : encore une histoire humaine, et le hasard – même s’il n’y a pas de hasard ! Mon matériel informatique était tombé en panne, et j’ai lancé une cagnotte pour trouver les sous pour le remplacer. J’ai découvert MyMajorCompany à ce moment-là.  C’est un mécène qui m’a finalement financé le nouveau matériel, en me disant qu’il ne pouvait pas laisser le projet tomber comme ça !


Marion, l'angoissée punk sur son 31

Marion, l’angoissée punk sur son 31 – Photographie Benjamin Degreve


Netalinea :  je n’ai jamais travaillé avec MyMajorCompany pour ma part, seulement Ulule et KissKissBankBank.

Benjamin Degrève : MyMajor sont très bien, très corrects.

Netalinea : ton premier crowdfunding a échoué, tu en étais à combien, à la moitié de l’objectif je crois ?

Benjamin Degrève: non, pas du tout, je l’avais réussi en fait, mais les dernières cartes bleues ont été faites trop près de l’heure de fin, et au final il a échoué. MyMajorCompany a été très bien, ils ont accepté que j’enchaine sur un second, mais plus court. Et là, au 31 mars 2016 j’ai même dépassé l’objectif : 6270 € collectés pour un objectif de 5550 €.
Ensuite j’ai exposé le Voltaire Tour, chez moi à Avallon, puis à Ferney-Voltaire et enfin au château de Bussy-Rabutin à Bussy-le-Grand.
Là je fais une pause. J’en ai besoin, et de toute façon je n’ai pas d’expo prévue pour le moment.
Mais je recherche une pièce, un lieu, car cette exposition ne doit pas rester au placard.
Le Voltaire Tour est assez épuisant. Les gens vont si mal, et on tellement besoin de parler. Ils s’isolent avec leurs certitudes, avec ce réseau social qui rend associal.

Netalinea : justement, ces portraits, ce livre, on n’est pas loin d’un travail de psy. Psy, ce mot te convient ?

Benjamin Degrève : oui bien sûr. La thérapie comme certains l’appellent. On a parlé aussi de Black Book.

Netalinea : Revenons-en à ton histoire. Tu as donc les sous en mars 2016, et pourtant tu ne l’imprimera qu’à la fin de l’année. Qu’est-ce qui s’est passé pendant tous ces mois ?

Benjamin Degrève : on a bossé sur le livre ! Je suis parti dans la réalisation d’un livre et nous avons réussi, mais il ne faut pas oublier que je ne savais rien de tout cela, ce n’est pas mon métier ! Je n’avais jamais utilisé InDesign par exemple. J’ai heureusement été aidé par Anaïs Maigrat, l’architecte designer, dans toutes les tâches de réalisation du livre : la mise en page, le design, mais également la sélection des portraits, des photos. Nous avons passé énormément de temps ensemble, surtout avec Skype. Il y a eu tout le travail de correction aussi.


Le Voltaire Tour est assez épuisant. Les gens vont si mal, et on tellement besoin de parler. Ils s’isolent avec leurs certitudes, avec ce réseau social qui rend asocial.


Netalinea : oui, et d’ailleurs j’ai trouvé quelques fautes d’orthographe en le lisant.

Benjamin Degrève : ce livre a été écrit avec le cœur, pas avec un dictionnaire ! En fait, il y avait l’aspect technique, InDesign, mais aussi tout l’aspect émotionnel qui remontait au fur et à mesure que je travaillais dessus. Pareil pour Anaïs, qui a été très émue par tous ces portraits. Et si je ne l’ai pas fait seul, l’écriture et la mise en page de ce livre sont bien de Benjamin Degrève. Et les fautes aussi.

Netalinea : je suis d’accord, les fautes n’enlèvent pas toute l’émotion que l’on ressent en lisant le Voltaire Tour. On voit bien aussi que tu n’as pas fait un travail de styliste, mais que ce que tu cherchais c’est l’authenticité et le naturel.

Benjamin Degrève : je te remercie. C’est exactement ça. Mon écriture est sincère, et vraie ! Bien sûr, je me suis relu, j’ai repris et amélioré des formulations de phrase. J’ai eu le concours de plusieurs personnes pour la relecture. En fait, j’ai surtout essayé, et je crois que ça se voit surtout sur la fin du livre, d’être de plus en plus direct et percutant.
On a plusieurs fois repoussé la conclusion, on a fait plusieurs pauses. J’avais conscience de prendre beaucoup de temps à Anaïs également, on avait vraiment besoin de tout ce délai.

Netalinea : par contre, dès que le travail fut terminé, c’est allé très vite pour l’impression.

Benjamin Degrève : ah oui, j’ai appelé John Briens de chez Escourbiac à la mi-décembre, lui ai envoyé les fichiers, et trois semaines après le livre était bouclé !

Netalinea : justement, comment as-tu connu l’imprimerie Escoubiac ?

Benjamin Degrève : encore le hasard (qui n’existe toujours pas) ! Et encore une histoire Humaine ! C’est un ami qui m’a proposé de l’accompagner au Salon de la Photo en Novembre 2015. J’y suis allé sans trop de conviction, et je suis tombé sur ce bonhomme avec des lunettes. John Briens. On a discuté, il m’a dit qu’il était imprimeur. Je lui ai demandé si un imprimeur éditait aussi des livres – je ne connaissais vraiment rien de ce métier, et de toutes les étapes de fabrication d’un livre. J’ai de suite cru en eux.

John m’a conseillé, il m’a surtout convaincu qu’il ne fallait pas faire n’importe quoi, que mon projet était beau et qu’il y croyait. Ça aussi c’est important, de se sentir suivi, porté même. Nous avons eu des prises de tête tous les deux, quelques moments un peu chauds, mais toujours respectueux. Je suis quelqu’un d’assez naturel, déterminé et de stressé aussi. John, et de manière générale Escourbiac, a toujours été à l’écoute de mes besoins, m’a toujours suivi, et motivé même quand j’en avais besoin. Au-delà de l’entreprise, j’ai de suite senti qu’il y avait une véritable histoire familiale derrière cette imprimerie. Je vais te dire, dès la première poignée de main chaleureuse avec John, j’étais en confiance.

Netalinea : c’était fin 2015 donc, tu avais déjà commencé ton premier crowdfunding.

Benjamin Degrève : oui. Novembre 2015. D’ailleurs, je n’ai demandé aucun autre devis à un imprimeur. Je savais que ce serait avec eux. Mon père, qui a eu plusieurs entreprises, m’a dit que j’avais eu de la chance ! Que j’aurais pu tomber mal, ou gagner quelques milliers d’euro chez un autre. Mais quel intérêt ? Pour le faire imprimer à l’étranger ? Je n’aurais pas pu avoir le contrôle de toute la création et édition.

Chez Escourbiac, ils ont vite compris que je n’étais pas un pro – même si parfois ils l’oubliaient aussi un peu, je devais leur rappeler. Ils m’ont dit de prendre mon temps, de ne pas aller plus vite que la musique. Ils ont toujours été disponibles. Et ça c’est super important, surtout quand tu ne sais pas et que tu es inquiet : j’ai toujours eu une réponse à mes nombreuses questions !

Sur la couverture par exemple, c’est John qui m’a conseillé le vernis sélectif. Puis au moment de la réalisation, dans leur locaux, au pied de la machine, c’est Philippe Escourbiac qui m’a parlé de problème technique, et qui m’a proposé d’utiliser le Soft Touch, sans supplément de prix. Il a trouvé la réponse technique, mais aussi Humaine – il savait que je n’avais pas plus de budget.

Je trouve que le Soft Touch, rappelle le velours du fauteuil !

Tout ce livre de toute façon est une histoire Humaine, une connexion d’humains, du début à la fin !


Benjamin Degreve - Voltaire Tour, Eux, Livre 1 - CouverturePremière de couverture du livre Voltaire Tour, Eux, Livre 1


Netalinea : elle est belle ta couverture. Sobre et épurée, avec le Voltaire en filigrane.

Benjamin Degrève : oui, et c’est le vrai Voltaire hein ! Si tu regardes bien, remonte du pied droit, et tu vas voir un petit trait blanc : c’est une égratignure.  Il est abimé, c’est un vestige de tous les voyages qu’il a fait avec moi pendant tout ce temps ! D’ailleurs, c’est ma voiture qui a rendu l’âme juste à la fin du Voltaire Tour. Le Voltaire, lui, je vais faire quelques frais dessus, renforcer le fauteuil.

Netalinea : et chez Escourbiac, à l’imprimerie, ça s’est passé comment ? J’ai vu ta vidéo au moment du calage…

Benjamin Degrève : le calage, c’était vraiment impressionnant. Et j’ai été super bien reçu. Pourtant, la première émotion qui m’est venue fut de vivre un grand moment de solitude. J’avais envie de partager ce moment, et j’étais seul. C’est pour ça que j’ai fait cette vidéo d’ailleurs, pour le partager ce moment, et oublier cette solitude. Même si je n’étais pas non plus vraiment seul, j’ai eu Anaïs au téléphone, mon père, mes amis… Mais j’habite à 1000 km de Toulouse ! J’ai fait 2000 km en 2 jours pour ce calage.

Tout le monde a été adorable chez Escourbiac. Benoit, le chef d’atelier, a d’entrée été super cool. Il m’a dit de poser ma chaise, mon appareil photo, et proposé de prendre un café. Les autres aussi se sont occupés de moi, Yves, MarcChristophe, ont été adorables et à l’écoute. J’adore tout ce qui est high tech, et là, non seulement il y avait l’émotion de voir mon livre se réaliser sous mes yeux, mais en plus j’apprenais des choses, c’était vraiment instructif. J’étais comme Alice au Pays des Merveilles (rires). Je suis même reparti avec les planches aluminium, ils ont eu la gentillesse de me les laisser. Je vais les découper, les plastifier, et les utiliser pour une expo… Une conférence peut-être.


Tout ce livre de toute façon est une histoire Humaine, une connexion d’humains, du début à la fin !


Netalinea : tu as tiré le livre à combien d’exemplaires ?

Benjamin Degrève : officiellement sur le bon de commande il y en a 400. Mais concrètement il y en a 413, comme je le voulais. C’est le numéro de la chambre d’hôpital de ma mère, ce chiffre revient dans le livre, dans son portrait.

Netalinea : et comment tu vas le vendre ?

Benjamin Degrève : pour le moment il y a un seul point de vente, à la librairie de l’Autre Monde à Avallon (89). Ainsi que sur leur site web, par correspondance donc. Cela s’est bien passé avec les responsables de l’établissement. Déjà j’étais un local. Ils ont pris le livre, l’ont feuilleté quelques secondes, et m’ont dit “banco !”. Le livre a de suite été placé au meilleur endroit, à côté des caisses, mis en avant.

Je peux même déjà dire que nous ferons à la librairie une matinée de signatures le 29 Avril 2017, veille d’une date importe pour moi. Je récupère les clés de ma nouvelle maison.

Netalinea : plus ceux que tu avais vendu sur MyMajorCompany ?

Benjamin Degrève: oui, 21 personnes ont mis plus de 100 € pour avoir le livre.

Netalinea : tu as eu combien de contributeurs au final ?

Benjamin Degrève : 177 ! Et un peu plus qui ont tenu à participer à l’extérieur de la structure Web MyMajor. C’est très impressionnant tout ce monde qui te suit. La première fois que quelqu’un que tu ne connais pas te donne 100 €, ça fait peur ! Et deux autres ont contribué pour 300 € ensuite…

Netalinea : Peur ? Pourquoi cela ?

Benjamin Degrève : en fait, ça met une pression énorme. Tout d’un coup, j’ai pris conscience que là c’était sérieux, que je ne pouvais pas me permettre de décevoir tous ces gens. Que je ne pouvais plus reculer, ce fut très excitant et stressant à la fois. Au départ, je devais faire le livre avec un imprimeur dont ce n’était pas l’activité principale. Là, je me suis dit que je ne pouvais pas livrer un livre comme une brochure de banque à quelqu’un qui avait mis autant d’argent pour me soutenir ! D’où le besoin d’un vrai imprimeur de livres, et la rencontre avec John. Il n’y a pas de hasard, dans toute ta vie, c’est toujours toi qui provoque les évènements !

Comme les rencontres : j’ai rencontré Xiaojin dans son restaurant à Beaune (Sushi Kai). J’étais avec une amie et elle connaissait son restaurant – c’est quand même le troisième Sushiman de France pour l’année 2016. On a sympathisé de suite. Quand je lui ai proposé de participer au Voltaire Tour, il m’a répondu “Oui, parce que c’est un projet humain” !


Benjamin Degreve et son Voltaire à l'imprimerie Escourbiac

Benjamin Degrève et son Voltaire à l’imprimerie Escourbiac, à Graulhet


Netalinea : c’est une belle réponse !

Benjamin Degrève : oui, et ce sont des belles histoires. Toutes. Tous ces gens me disaient ce qu’ils voulaient, et avaient la possibilité de me poser les mêmes questions que je leur posais. C’était un bel échange.

Netalinea : tu as commencé avec des proches j’imagine ?

Benjamin Degrève : oui bien sûr, avec des gens proches, des amis. Puis des rencontres, comme Mountaga que j’ai rencontré à la gare. Au début, il ne voulait pas, il a mis le temps avant d’accepter. Il est tellement timide.
Tu sais les gens sont perdus. Je pense à Élisa par exemple, c’était beau avec Élisa. Perdue dans la perte de son frère, elle a réussi à faire ce voyage manqué, qu’elle devait faire avec son défunt frère… Elle dit que c’est grâce à l’entretien. Je reste convaincu que c’est elle qui a fait le pas, pas moi. Je la félicite.

Netalinea : oui, Elisa et son chien Meta Lica

Benjamin Degrève : exactement. Parce que Metallica était le groupe de rock favori de son frère, et que ce dernier lui manque toujours.

Netalinea : on retrouve d’ailleurs souvent des chiens dans tes portraits.

Benjamin Degrève : bien sûr, les gens ont besoin de compagnie. Beaucoup ne savent pas qui ils sont vraiment. Je pense à Elsa, également, qui a tout plaqué, elle s’est vraiment dénudée, a tout changé dans sa vie. Elle est allée très loin Elsa. Je ne la connaissais pas, c’est elle qui m’a demandé si elle pouvait participer au Tour Voltaire. J’ai régulièrement un mot de sa part, elle avance.

Netalinea : ton livre commence d’ailleurs très vite avec cette citation de Confucius : “On a deux vies, la deuxième commence quand on réalise qu’on en a qu’une”.

Benjamin Degrève : ça c’est Florian non ? Oui, ça ne peut être que lui, Florian et des questions en trop, le deuxième portrait. Un garçon extraordinaire… Mais ne lui dis pas. Il va se gêner !


Tout d’un coup, j’ai pris conscience que là c’était sérieux, que je ne pouvais pas me permettre de décevoir tous ces gens. Que je ne pouvais plus reculer, ce fut très excitant et stressant à la fois.


Netalinea : pourquoi ce titre et ce “Livre 1” ? Tu as prévu une suite ?

Benjamin Degrève : C’est assez marrant, parce que tout le monde me demande ça. Je l’ai appelé Livre 1 pour bien marquer que c’était mon premier livre. Si j’en fais un deuxième, il y aura “Livre 2” dans le titre, et il parlera de tout autre chose, de voitures des années 40, la collection de mouches d’un pécheur à la truite, je ne sais pas, peu importe. Le deuxième sera marqué « Livre 2 ». Je voulais marquer que rien n’était vraiment fini. Ma mère est décédée, mais elle n’est pas vraiment morte.

Netalinea : à t’entendre, je me dis que c’est aussi une façon pour toi de conserver la propriété du livre, parce que une fois terminé, est-ce qu’il t’appartient encore vraiment ?

Benjamin Degrève : rien ne nous appartient vraiment. Je suis vraiment ému par ta question, parce que c’est exactement ça. C’est fini, et le livre n’est plus seulement mon livre, il est à tout le monde maintenant. A tous ceux qui vont le lire. Je ne pense pas qu’il faille faire les choses pour les garder, mais pour les offrir. Comme un cadeau, comme un baiser qu’on laisse sur la table de nuit avant de partir.

Je suis d’ailleurs en train de préparer –  pourquoi pas ? – une conférence autour du livre, sur les deux années d’aventure qu’il a représenté. Je ne sais pas si elle aura lieu, mais je bosse quand même dessus. Un enregistrement de plus de 42 mn pour l’émission Wagon-Livres est déjà programmé. On parlera du livre, mais pas que, il est possible que je me présente au public de manière plus personnelle, comme je l’avais fait avec France Bleu Auxerre.

Ça fait vraiment plaisir de voir que cela continue.

Netalinea : c’est la conclusion que tu retirerais de toute cette expérience ? Le plaisir ?

Benjamin Degrève : Je dirais plutôt l’humilité. On n’est pas le meilleur. Oui, c’est ce que je retiens du Voltaire Tour : rester humble. Et rendre importance au verbe « être » plutôt qu’ « avoir ».

Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus détendu. J’ai tenu ma promesse, et une promesse qui va loin. Oui je ressens du plaisir bien sûr, et une certaine fierté. Et en même temps je me dis que rien n’est réellement terminé tant qu’on ne l’a pas décidé. Alors je réfléchis déjà à autre chose, mais est-ce que ce sera public ? Je ne sais pas.

J’ai tenu ma parole, à ma mère surtout. Je pense également à la rencontre avec Craig Walker, l’ex-chanteur d’Archive, qui aujourd’hui travaille sur d’autres projets.

Netalinea : oui, ça m’a amusé que ta mère écoute Archive.

Benjamin Degrève : Pourquoi ? Il ne faut pas ? Je lui faisais des compils de musique sur clé USB, pour qu’elle se calme et qu’elle s’endorme. Je lui avais même offert une petite enceinte pour qu’elle l’écoute. Quand ça ne lui plaisait pas, j’enlevais. Et quand elle aimait, elle en redemandait. Elle aimait beaucoup Archive, Brel, Birdpen, We Are Bodies, Pink Floyd, Bashung, Piaf, Thiéfaine Radiohead, et bien d’autres encore. (extrait du livre, page 99 : Jocelyne).

Ce qui est étrange, c’est que toute cette musique a inspiré parfois les textes, a ouvert l’inspiration.

J’adorais Archive quand j’étais plus jeune, et encore aujourd’hui. Je m’étais promis de rencontrer le chanteur. Et bien 10 ans plus tard, c’est Craig Walker, le chanteur, qui m’a contacté pour des photos. Décidément, Il n’y a pas de hasard.

*En 2012, Benjamin Degrève est contacté par Craig Walker, chanteur du groupe irlandais Mineral. Il réalise plusieurs photos pour le groupe à Paris. Ses photos leur plaisent, et après de multiples entrevues, Benjamin rejoint Craig à Dublin pour une série de photos qui seront publiées dans de nombreux magazines et webzines un peu partout en Europe.

 


Benjamin Degreve - Voltaire Tour, Eux, Livre 1 - Intérieur

Aurélie, un train pour l’art – Extrait du livre Voltaire Tour, Eux, Livre 1 – Photographie Benjamin Degreve


Actualité : le livre de Benjamin Degrève, “Voltaire Tour, Eux, Livre 1” est en vente au prix de 29 € à la librairie L’autre Monde à Avallon, directement à la librairie ou sur leur site web : L’autre Monde – Voltaire Tour, Eux, Livre 1 – Benjamin Degrève

Une matinée de signature sera organisée le samedi 29 avril 2017 à la librairie L’autre Monde.

Une conférence de 2 heures sur le Voltaire Tour est en cours de préparation, ainsi qu’une émission de radio de 42 mn avec Wagon-Livres, émission littéraire présentée par Yannick Petit à la radio Radyonne fm.

 

Acheter le livre

Le site web de Benjamin Degrève
La page Facebook de Benjamin Degreve

La page du Voltaire Tour sur MyMajorCompany

Le site d’Anaïs Maigrat, architecte design

 



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