Jacques Boguel, “ce livre est un cadeau idéal pour beaucoup de gens”

Jacques Boguel, interview dans sa demeure de Saint Jean Soleymieux

Jacques Boguel a auto-édité son premier beau livre de photographies “Mon père avait la même” cet été 2015, suite à une campagne de financement participatif sur Ulule animée avec beaucoup de plaisir par Netalinea. Cet été, nous avons profité d’un voyage vers le sud-ouest de la France pour passer voir Jacques chez lui, à Saint Jean Soleymieux dans le Forez. L’occasion de revenir sur sa toute nouvelle expérience de l’autoédition et du financement participatif.

Interview de Jacques Boguel, Saint Jean Soleymieux, le vendredi 14 août 2015.


Netalinea : la première question que j’ai envie de te poser c’est : “pourquoi l’autoédition” ?

Jacques Boguel : la réponse la plus évidente est parce que je n’ai pas trouvé d’éditeur, ce qui est vrai. J’ai cherché longtemps. J’ai envoyé beaucoup de dossiers, j’ai reçu des réponses souvent assez étonnantes, parce que ce n’était pas forcément des refus sur la qualité de l’ouvrage mais sur son potentiel commercial. Maintenant, en l’ayant fait, j’ai vu qu’il y avait un deuxième gros avantage à l’autoédition, c’est qu’on est totalement responsable, on conduit le projet de A à Z. Je pense que l’autoédition permet de faire réellement le livre que l’on a envie de faire, alors que l’éditeur l’aurait sûrement remodelé à son goût, à ses besoins. Cet avantage-là, je l’ai découvert récemment, et si j’en avais pris conscience plus tôt, je l’aurais autoédité avant.

Netalinea : Puisque les photos que tu as éditées datent des années 90…

Jacques Boguel : voilà, ce sont des expos que j’ai commencé à faire dans les années 94-95, et j’ai démarré mes recherches à ce moment-là. J’ai ensuite interrompu les expositions, mais chaque fois que je ressortais ces photos je me disais “mince, c’est trop dommage de les laisser dormir”, et régulièrement je refaisais des démarches auprès des éditeurs. Il y a deux ans, j’ai vraiment fait un gros mailing. Les résultats n’ont pas été totalement négatifs dans la mesure où j’ai eu de bons contacts avec certains éditeurs, mais qui n’ont pas été suivis d’une concrétisation.


Quand un ami ou un proche souscrit au livre, on ne peut absolument pas savoir s’il le fait par amitié ou parce qu’il aime le livre.


Netalinea : et comment es-tu passé de l’autoédition au financement participatif ?

Jacques Boguel : l’autoédition, de toute façon c’était un choix. J’avais décidé de le faire. Le financement participatif n’était pas une condition sine qua non. Quand je me suis lancé, j’ai fait une souscription papier que j’ai envoyée à tous les gens que je connaissais. J’ai eu très peu de retours, ce qui est assez logique dans la mesure où les gens ne répondent pas par retour du courrier à ce genre de choses. Mais moi j’attendais ces réponses. Alors j’ai appelé John Briens, mon contact chez l’imprimeur chez Escourbiac, pour tout de suite réduire le tirage que j’avais envisagé, 1000 / 1200, et je lui ai dit que 400 allaient suffire. John, qui pensait que le livre avait un potentiel, m’a aiguillé vers le financement participatif pour lever des fonds de façon à réduire l’investissement. Mais, surtout, l’idée que je voyais derrière ça, c’était d’aller voir s’il y avait un potentiel, si je pouvais toucher des gens en dehors du premier cercle des amis. Quand un ami ou un proche souscrit au livre, on ne peut absolument pas savoir s’il le fait par amitié ou parce qu’il aime le livre.


 

Jacques Boguel chez lui, portrait France 3 Régions


Netalinea : tu connaissais un peu le système du financement participatif ?

Jacques Boguel : j’avais entendu parler de KissKissBankBank pour le cinéma notamment, mais non, pour les livres, j’ai découvert ça à l’occasion. C’était donc une première, comme l’autoédition du livre.

Netalinea : Comment as-tu vécu cette campagne ?

Jacques Boguel : c’est hyper intéressant. Ulule a un fonctionnement qui finalement est amusant parce que les gens se prennent au jeu. J’ai des amis qui allaient voir régulièrement si on allait y arriver. C’est pas mal le fait de mettre un objectif et de ne concrétiser que si l’objectif est atteint. A la fois c’est un peu ludique, et ça oblige à se démener pour atteindre l’objectif. C’est bien.

En plus, deuxième avantage, c’est le fait de ne pas l’avoir fait moi-même. D’une part, techniquement je n’aurais pas su maitriser tous les outils, mais le plus important c’est surtout que je n’aurais pas osé envoyer autant de messages disant du bien de moi!… C’est bien d’avoir quelqu’un d’extérieur qui fait sa pub. Ma pub, je peux la faire un petit peu, mais pas beaucoup


Quelque part, si les artistes ou les entreprises ont des attachés de presse, ce n’est pas pour rien. C’est un côté un peu ingrat, ce n’est pas facile de parler de soi, et donc c’est bien de le faire faire par quelqu’un d’autre.


Netalinea : donc le travail que tu as fait avec Netalinea n’est pas uniquement technique ?

Jacques Boguel : non, du tout ! A la fois c’est une aide effectivement dans le technique, mais je pense qu’aujourd’hui il y a des tas de gens qui sont suffisamment à l’aise sur Internet et sur un ordinateur et qui pourraient alimenter Ulule sans problème. Au-delà de ça, même si j’avais la maitrise technique, c’est bien que ce soit quelqu’un d’autre qui l’ait fait. Quelque part, si les artistes ou les entreprises ont des attachés de presse, ce n’est pas pour rien. C’est un côté un peu ingrat, ce n’est pas facile de parler de soi, et donc c’est bien de le faire faire par quelqu’un d’autre.

Netalinea : si c’était à refaire ?

Jacques Boguel : si c’était à refaire, je l’anticiperai. Je me mettrais sur Facebook au moins un an avant, le temps de construire un petit réseau. Sinon, je le referais. Mais c’est vraiment ça : je pense qu’il faut déjà avoir une place, déjà exister sur les réseaux sociaux. J’avais un site internet, mais très peu visité, et c’est vrai que Facebook a permis une circulation énorme.

Netalinea : qu’est-ce que le financement participatif t’a apporté en plus de récolter une somme d’argent pour faire ton livre ?

Jacques Boguel : cela m’a amené des contacts très sympathiques déjà, des gens avec qui je suis resté en contact et qui attendent avec impatience de recevoir le livre, et éventuellement d’en faire la publicité autour d’eux. Cela m’a permis aussi d’évaluer le potentiel du livre. D’ailleurs, de ce point de vue-là ce fut rassurant. J’ai constaté que plusieurs contributeurs m’ont pris plusieurs exemplaires du livre. Quelques personnes m’en ont pris trois, et pas mal de gens qui en ont pris deux, un pour eux et un pour offrir. Ça c’est un signe positif, et je l’ai vu grâce à la campagne : ce livre est un cadeau idéal pour beaucoup de gens.


 

Jacques Boguel chez Escourbiac l'imprimeur


Netalinea : aujourd’hui, tu es content du résultat, de l’objet ?

Jacques Boguel : Oui ! C’est bien. Il est vrai que je n’ai pas forcément été très démonstratif à l’imprimerie… Certaines personnes sont enthousiastes, en allant chez l’imprimeur, en signant les bons à tirer, en découvrant les photos, mais bon, quelque part moi je l’avais déjà vu, j’avais déjà pas mal exposé. J’étais surtout inquiet, angoissé que ce ne soit pas exactement ce que je voulais. Donc j’ai été plus rassuré qu’heureux. C’est seulement maintenant que … voilà, tout va bien !


 

…la diffusion en autoédition, c’est vrai que c’est un problème. Le réseau classique, si l’on passe par les diffuseurs, est coûteux.


Netalinea : tu vas le diffuser comment ce livre ?

Jacques Boguel : la diffusion en autoédition, c’est vrai que c’est un problème. Le réseau classique, si l’on passe par les diffuseurs, est coûteux. Les libraires versent à peu près 40 % du prix de vente, ce qui pour moi est complètement insuffisant. Donc il faut que je trouve des réseaux parallèles. Je vais voir éventuellement la vente directe sur internet, si c’est possible – cela me fait un peu peur la carte bleue sur internet. Ou la vente directe sur le terrain : rencontrer les gens, les voir, en parler, et puis en même temps présenter des expos. A la rentrée je vais faire des fêtes du livre, des expos, puis les marchés de Noël en décembre, puisque je pense que c’est un cadeau parfait

Netalinea : c’est toi qui va faire les marchés de Noël ?

Jacques Boguel : oui c’est moi. J’aime bien les marchés, je l’ai déjà fait pour une nièce qui fait des produits artisanaux, et c’est sympa. Je vais en faire sur la région, Saint Jean Soleymieux, Montbrison, Ambert. A côté, il y a le village de Marols qui marche très fort, qui est un des premiers marchés de Noël de la région et où il y a un monde fou. Et puis l’été prochain sur les marchés touristiques, dans la Drome, l’Ardèche, les Hautes-Alpes, les endroits où les photos ont été prises, où on retrouve l’ambiance dans les images. C’est ce que j’aime bien, ça m’intéresse ce partage.

Netalinea : pour finir, tu l’as finalement édité à combien d’exemplaires ?

Jacques Boguel : 1000.

Netalinea : on peut donc conclure sur le fait que ce fut une réussite.

Jacques Boguel : Ah oui tout à fait. J’ai eu quelques exemplaires quand même vendus par la souscription papier. Sur Ulule, j’ai rajouté artificiellement les souscriptions que j’avais reçu par chèque, donc il y a eu à peu près 93 souscriptions réelles sur Ulule, plus une trentaine par ailleurs, on doit être à 120

Netalinea : il t’en reste donc un peu plus de 800 à vendre

Jacques Boguel : voilà. Que ça !

Netalinea : et bien je te souhaite de bonnes ventes

Jacques Boguel : merci !


Jaquette collector du livre Mon père avait la même


Actualité : depuis le 5 juillet, l’Association Puits’art présente des photos du Mali de Jacques Boguel, et le “Carnet d’après-voyage” d’Éthiopie réalisé avec Martine Granger, à la Chapelle Notre-Dame des Neiges, au Villaret, à Susville (près de La Mure), tous les samedi et dimanche entre 14h et 19h. Jacques Boguel vous donne rendez-vous le Samedi 5 septembre à 17 heures à la Chapelle pour la clôture, en compagnie de la Cie Tématé (danse et percussions africaines).

Le livre “Mon père avait la même” sera disponible à partir du mois d’octobre 2015.

 

Voir le portfolio

La page Ulule de “Mon père avait la même”

Le site web de Jacques Boguel

La page Facebook de Jacques Boguel

 



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